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Discours de François Deligné

discours de F.Deligné à l'ouverture du congrès de l'ANDEV

Mesdames, Messieurs,

Permettez moi tout d'abord de vous souhaiter à toutes et à tous la bienvenue, et de vous dire la fierté pour la Ville de Guyancourt d'accueillir le congrès de l'ANDEV.

Nous sommes heureux de vous recevoir, vous les Directeurs de l'éducation des collectivités, après Lille l'année dernière et avant Bayonne, car l'éducation s'accorde particulièrement avec notre ville.

Depuis plus de 30 ans, notre commune a fait de l'éducation SA priorité.

Cette priorité est d’autant plus significative qu’elle s’est inscrite dans la période de construction de la « Ville Nouvelle » de Saint-Quentin-en-Yvelines. Une aventure urbaine et humaine qui nous fit passer du village des années 1970 à la ville de 29 000 habitants d’aujourd’hui.

Dès le départ, les équipes municipales ont choisi de construire et d'imprimer une identité à la ville autour de l'enfance et de l'éducation, et celle-ci rassemble aujourd'hui les Guyancourtois.

Ainsi la priorité à l'éducation s'inscrit naturellement dans l'histoire de Guyancourt, et je pourrais rappeler les naissances successives des 26 écoles intégrant 11 centre de loisirs, des 3 collèges, des lycées d’enseignement général et d’hôtellerie, et de l’université avec ses 16 000 étudiants.

Notre ambition éducative s'incarne aussi, aujourd'hui comme hier, dans notre volonté de rendre concrets les grands principes de l'école républicaine :

ñ   Un lieu qui rassemble, intègre et qui promeut l’égalité avec un effort constant pour que la mixité sociale soit une réalité ;

ñ   Un lieu pour tous les enfants quelles que soient leurs origines, leur milieu social, leur différences.

La priorité à l'éducation, c’est aussi reconnaitre l’importance de l’école maternelle et accueillir 50 % de la classe d’âge des 2-3 ans, quand au niveau national, cet accueil est passé, en 10 ans, de 33 % à moins de 11 %.

C'est également porter attention à l'accompagnement de la parentalité, comme nous le faisons ici avec l'école des parents et sa « boutique » ouverte aux familles.

C'est enfin la volonté de faire vivre le dialogue entre les différents partenaires qui agissent dans et aux côtés de l'école.

Votre congrès a choisi de débattre autour du thème « éduquer et refonder ensemble ». L'une des questions qui vous est posée est de savoir si « l’avenir de l’école, mais aussi des politiques éducatives locales, peut […] se dispenser d’un travailler ensemble. »

Ici, nous sommes depuis très longtemps profondément convaincus que l'enfant n'est pas une marchandise qu'on saucissonne selon les horaires et les adultes référents qu'il a en face de lui. C'est le même enfant qui arrive à l’accueil du matin, entre ensuite en classe, puis profite de la pause méridienne, ou va à l’étude. Il retrouve au cours de chacun de ces temps : enseignants, ATSEM, personnels de service, animateurs. Cet enfant fréquente aussi les centres de loisirs, les équipements culturels ou sportifs, les associations, il se déplace dans l’espace public et évidemment vit au quotidien dans sa famille.

Cette réalité, je la perçois avec acuité en tant que Maire de ma commune ; mais aussi parce que j'ai été parent d'élèves et enseignant.

Dans ces différents temps éducatifs, on voit combien – tout en respectant le cadre de l'Éducation Nationale – nous avons besoin d’échanges entre ces différents acteurs, pour qu'ils deviennent des partenaires et qu'ils construisent ensemble un projet éducatif global et cohérent.

Et cela doit se faire dans le respect, dans la connaissance et l’exigence du rôle de chacun…

À ce titre, la refondation de l'école et la loi d'orientation et de programmation sont, comme l'évoquait Claude Lelièvre en tant qu'histoirien de l'éducation, une opportunité qui ne se représentera pas avant longtemps et devrait pouvoir nous donner les moyens de répondre aux défis qui nous préoccupent… si nous la saisissons…

Cette refondation a commencé par la nécessaire réforme des rythmes scolaires. Une réforme – rappelons-le – qui était réclamée par les syndicats d'enseignants et les fédérations de parents d'élèves.

Je comprends que les conséquences de ce changement puissent aujourd'hui faire débat, voire inquiéter. Mais, dans de nombreuses villes, comme à Guyancourt, nous avons écouté, échangé et partagé. Par le dialogue, nous prenons le temps ensemble de trouver les solutions.

Je dois vous avouer que j'éprouve un malaise quand je vois certains battre le pavé contre la réforme – parfois sans réelle préoccupation pour les rythmes de l'enfant – alors qu'il fallait dans les 10 années précédentes être mobilisés contre des menaces réelles sur la structure même de l’Éducation Nationale, quand 80 000 postes avaient été supprimés, quand les RASED étaient voués à disparaître ou quand la formation des nouveaux enseignants disparaissait.

Au-delà d’un simple retour à 4,5 jours d’école, l’enjeu est de construire sur nos territoires un changement profond qui mette en lien, plus encore, tous les acteurs de l’éducation.

En effet, la refondation de l'école ne se limite pas à la réforme des rythmes scolaires.

La refondation de l'école, c'est d'abord remettre en marche une institution par le recrutement de 60 000 nouveaux postes. C'est recréer la formation des enseignants – et j’en profite pour évoquer l’impérative nécessité d’ouvrir le chantier de la formation de TOUS les autres métiers de l’éducation – ou encore reconstruire et penser l'éducation spécialisée en direction des enfants en difficultés.

La refondation, c'est aussi la redéfinition des missions de l’école maternelle, les moyens renforcés pour permettre la scolarisation des moins de 3 ans, les projets innovants comme le dispositif "plus de maîtres que de classes" dans les secteurs les plus difficiles ou encore le renforcement des liens avec le collège.

La refondation doit être également l'occasion d'enrichir les pratiques pédagogiques en s'appuyant sur l'expérience à la fois des mouvements d'éducation populaire et aussi des mouvements pédagogiques, en les associant d'ailleurs plus fortement – y compris institutionnellement – à notre système éducatif.

Il peut être utile de retravailler sur un modèle éducatif forgé par des représentations majoritaires, et qui n'est plus réinterrogé.

Je l'ai appris en tant que Maître E au sein d’un RASED, ou comme instituteur de maternelle – notamment auprès des enfants du Voyage : il faut savoir questionner notre système éducatif quand les populations ou les élèves vivent des situations différentes – parfois très différentes – de celle de la majorité de nos concitoyens. Sans capacité à s'adapter, notre école républicaine perdrait son objectif essentiel : s'adresser à tous pour permettre l'intégration de tous dans une société commune, dans la communauté nationale et républicaine.

N'oublions jamais que notre rôle d'éducateurs, chacun à notre place, est de préparer les enfants dont nous avons la responsabilité à devenir des citoyens autonomes et solidaires, capables de construire leur avenir, leur vie.

Tout le monde connaît l'éternel débat posé par Montaigne sur « la tête bien faite » ou « la tête bien pleine », sur la nécessaire complémentarité des registres « éducation » et « instruction ». Aussi, je voudrais, pour terminer, emprunter quelques mots à un grand nom de la culture pop', qui collera bien avec le thème seventies de la soirée de demain, mais surtout dont les propos peuvent résonner dans nos échanges et dans cette école de musique.

Il commence ainsi :

« Quand j’étais petit, ma mère m’a dit que le bonheur était la clé de la vie. À l’école, quand on m’a demandé d’écrire ce que je voulais être plus tard, j’ai répondu « heureux ». Ils m’ont dit que je n’avais pas compris la question, je leur ai répondu qu’ils n’avaient pas compris la vie. »

Je vous laisse deviner qui était cette personnalité.

Je vous remercie ; bon congrès à toutes et à tous.

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